video mer film pêche
au filet la sole port de Loctudy Pays Bigouden.
Fin avril. Il est
5 heures 30 du matin. Sur le port de Loctudy, dans le Pays
Bigouden, les premiers bateaux de pêche côtière
prennent la mer .
Serge L'Helgouach, 35 ans, pêcheur de sole, embarque
sur le Labour ha Kan, un canot fileyeur de 7 mètres
50 qu'il possède depuis trois ans.
Serge est un de ces héritiers de la grande tradition
des pêcheurs côtiers. Comme tous les marins qui
embarquent ce matin, il s'est levé vers quatre heures,
un horaire que chacun respecte été comme hiver,
quel que soit le temps.
Serge a acheté le Labour ha Kan, dont le nom breton
signifie " travaille et chante " à un marin
à la retraite qui l'a exploité aussi longtemps
qu'il a pu. Il n'a surtout pas voulu le mettre à la
casse, comme l'ont voulu de nombreux plans destinés
à réduire l'effort de pêche des marins
bretons .
Le Labour ha kan est un bon bateau, propulsé par un
diesel de 80 chevaux. Sa passerelle est équipée
des appareils les plus modernes : un sondeur couleur permettant
de mesurer la profondeur et d'interpréter les fonds,
un GPS, Global Positionning System, ordinateur de repérage
par satellite, un système Torrant de recoupement par
points, un radar, un pilote automatique, 2 radios VHF .
C'est grâce au GPS, qu'après une heure de route
dans la nuit noire, Serge retrouve, au mètre près,
la position de ses filets mouillés la veille. Il avait
en effet choisi le jour précédent, le temps
le permettant, de travailler sur le secteur de Mousterlin,
un longue bande sableuse fréquentée par le poisson
plat.
Il s'est, depuis 2 ans, équipé d'un vire-filets
automatique, débrayable, à deux bobines. C'est
un appareillage perfectionné, apparu sur le marché
il y a quelques années seulement, et qui a avantageusement
remplacé les anciens modèles à bobine
unique, employés il y a peu encore et manœuvrés
à la force des bras. Sur ce modèle, les bobines
entraînent l'orin et, grâce à la démultiplication,
permettent de contrôler la remontée du filet
sans dommage pour le poisson.
Le " virage ", le remontage des premier filets se
déroule de nuit, moteur au ralenti. Le pont est largement
éclairé afin de travailler dans les meilleures
conditions et de signaler la position aux autres bateaux en
route pêche.
Les principales zones de pêche de Serge se situent
dans la baie de Bénodet ou dans les parages des îles
des Glénan, sur le plateau des Pourceaux ou des Lorioux.
Les filets sont posés sur des fonds de sable ou de
vase d'une trentaine de mètres. Le port des gants et
des manchettes de ciré permet de limiter certains risques
d'accidents dus au hameçons accrochés dans les
filets, aux pinces de crabes ou à des débris
divers...
En l'absence de véritable réglementation contraignante,
sinon la taille, 24 cm, les marins des quartiers maritimes
du Guilvinec et de Concarneau se sont accordés à
limiter à 50 mm le maillage intérieur des filets.
Cette réglementation, interne à la profession,
est favorablement accompagnée par les responsables
des Affaires maritimes. De leur propre chef, soucieux de la
ressource, les marins de la région envisagent également
d'introduire une période de fermeture de la sole afin
de favoriser son repeuplement. Un projet actuellement en bonne
voie et qui mérite de servir d'exemple.
Le principe même du trémail exige une grande
expérience et des mains expertes pour extraire le poisson,
qui doit être livré dans une présentation
impeccable sous criée et sur l'étal du marchand.
Si l'espèce capturée est principalement la
sole, il n'est pas rare de prendre des araignées, nombreuses
au printemps, de la roussette, ou chien de mer, de la vieille,
de la raie, du turbot, du mulet...
Les étoiles de mer se prennent régulièrement
dans les mailles. Certains secteurs sont véritablement
colonisés par ces astéries carnassières
dont certaines atteignent vingt centimètres. Les étoiles
de mer sont extrêmement envahissantes et gênent
considérablement les marins dans leur travail.
Par beau temps, Serge met environ un quart d'heure pour relever
un filet.
Ceux-ci semblent souvent mêlés en nœuds
inextricables, et il faut tout le savoir-faire et l'expérience
pour les démêler et les ranger sur le pont le
plus rapidement possible.
Le filet repose sur le fond retenu par un réa de poulie
de treuil usagée, une bobine d'acier de vingt kilos.
Le filet remonté, Serge relève le dernier réa
et la bouée de signalisation.
La seconde partie du travail commence. Serge passe le filet
dans un arceau fixé à l'arrière de la
passerelle.
Il le pare ensuite soigneusement dans le parc, un bac métallique
volumineux installé à l'arrière du bateau.
Serge en profite pour débarrasser le matériel
des nombreux débris qui s'y accrochent encore : pinces
de crabes, algues, étoiles de mer... Aujourd'hui le
beau temps favorise les conditions de travail. Quand la mer
est mauvaise, le vent, les vagues, le roulis, s'associent
pour mettre les hommes dans des situations de sécurité
précaires et inconfortables.
Sur un petit bateau il faut alors avoir le pied marin pour
anticiper tous les mouvements du pont. En cas de chute à
la mer l’issue est généralement dramatique.
Certains emmêlement sont extrêmement complexes
et semblent inextricables. Si Serge sait les défaire
en un tour de main, il lui faudra ici une vingtaine de minutes
pour nettoyer et ranger ce filet.
A la suite de tempêtes ou aux périodes de grandes
marées, la mer charrie d'énormes quantités
d'algues arrachées au fond. Elles se prennent alors
dans les mailles du filet et il n'est pas rare d'en remonter
plusieurs centaines de kilos sur le pont. Commence alors un
long et pénible travail de nettoyage. Dans le pire
des cas, le marin doit ramener ses filets au port. C'est alors
une journée de perdue.
Comme tous les vrais marins, Serge met un point d'honneur
à conserver son bateau dans un état de propreté
impeccable. Chaque levée de filet est suivie d'un nettoyage
et d'un lavage du pont .
Les premières captures sont triées et rangées
dans des caisses de criée normalisées fournies
par la Chambre de Commerce de Quimper. En plus des soles on
y voit des crabes araignées, des crabes dormeurs, de
la vieille, de la roussette...
Il est 7 h 30. Le jour est désormais complètement
levé. Serge se met à la recherche de son prochain
mouillage .
S'il sait d'instinct dans quel secteur se diriger, il affine
sa recherche grâce aux indications de ses appareils
de navigation.
Le sondeur affiche des fonds de sable d'environ 35 mètres.
Les pêcheurs utilisent généralement la
deuxième ligne du sondeur, la première étant
trop sensible sur des fonds de cette nature. Un troisième
ligne, scintillante, apparaît en présence de
modification du profil : présence de roches, d'épaves,
de champs d'algues...
C'est l'endroit que Serge choisit pour mouiller sa filière.
Comme ses confrères il utilise des pavillons rouges,
mouillés à l'ouest et au nord, ou des pavillons
noirs, mouillés au nord ou à l'est. Un usage
qui permet aux pêcheurs, surtout dans les zones très
fréquentées, de repérer immédiatement
les mouillages en cours.
Bien parée dans le parc, les filets, après
nettoyage, ayant retrouvé un encombrement normal, la
série est filée sans problèmes. Le bon
positionnement du filet doit beaucoup au talent du pêcheur
et Serge règle et contrôle son déroulement
en cours de manœuvre. Les courants, les mouvements de
la mer, feront le reste.
La mise à l'eau du réa, suivi de celle de la
bouée, achève le mouillage de la série
et la stabilise sur le fond. Il faudrait une énorme
tempête, imprévue, pour la mettre à mal.
Chaque filet de 600 mètres de long est un assemblage
très précis, très technique et très
résistant, de pièces de 50 mètres reliées
entre elles. Le filet trémail, en nylon transparent,
est constitué, comme son nom l'indique, de trois mailles
superposées. La nappe centrale possède des mailles
de 50 millimètres, les deux autres des mailles de 200
millimètres .
Le poisson traverse la première nappe et vient se
piéger dans celle du milieu. C'est le cas le plus général
pour les soles dites moyennes et portions.
La sole, " Solea solea " de son nom scientifique,
fait partie de la famille des soléidés, de l'ordre
des pleuronectiformes et des la classe des ostéichthyens.
Certains l'appellent également " sandale de Jupiter
" ! C'est un des poissons les plus appréciés
des gastronomes. Son corps est ovale, très plat, allongé.
La sole possède de petits yeux situés sur le
côté droit. On trouve, dans les zones tropicales,
des soles aux yeux placés sur le côté
gauche. La couleur de la sole est caractéristique du
mimétisme des poissons de fond : elle va du gris au
brun en passant, dans certaines régions, par des teintes
intermédiaires comme le jaune. La sole se nourrit de
plancton, de mollusques, de petits animaux marins. Elle se
reproduit au printemps, quand, les femelles se rapprochant
de la côte, chacune dépose environ 100 000 œufs.
Les fonds de sable ou de vase d’une trentaines de mètres
sont les sites de prédilection de la sole et d'autres
poissons plats comme le carrelet, le turbot, mais aussi la
seiche au printemps qui se capture en quantités impressionnantes.
Tout l'art du pêcheur consiste à savoir poser
ses filets à l'accore, c'est à dire à
la juste limite de la roche et du sable. C'est un travail
d'expert.
Branché sur pilote automatique, calé sur la
position GPS, le Labour a Kan fait route vers la prochaine
filière. Elle peut, suivant les cas, la saison, le
temps, se trouver à plus d'une heure de trajet .
Le GPS prouve ici toute son utilité. Serge ayant au
préalable enregistré toutes les coordonnées,
l'appareil peut, sans intervention du marin, et grâce
au pilote automatique, conduire le Labour ha kan sur le point
exact de mouillage. Une sécurité et un avantage
certains, particulièrement par temps de brume ou de
mauvaises conditions
Météos.
Une demi-heure navigation mène Serge au pavillon rouge
mouillé plein ouest dans la baie de Concarneau .
Après avoir embarqué le pavillon et le réa
de mouillage, Serge a engagé l'orin dans la poulie
du vire-filets. Il embraye le mécanisme et procède
au remontage de sa deuxième filière.
Un beau carrelet s'est poché sur la seconde nappe du
filet. Il faut bien connaître le montage des nappes
pour le sortir sans l'abîmer et sans endommager le matériel.
Alors que les caisses se garnissent peu à peu, un
beau mulet de plus d'un kilo, de son nom commun Mulet Cabot,
est venu se prendre dans le filet. Il s'agit d'un individu
isolé. A la belle saison il arrive que des bancs entiers
fréquentent le secteur .
Le remontage de la série est achevé. Serge
embarque le réa .
Puis il embarque la bouée... qui a perdu son pavillon.
Moteur au ralenti, Serge commence un nouveau travail de parage
de la série dans le parc.
Le filet prêt à être remis à l'eau,
Serge décide de descendre vers le sud en s'écartant
un peu de ce secteur de pêche pour se rapprocher de
l'île aux Moutons, dans les parages des îles Glénan.
Il croise un bateau de Loctudy, fileyeur lui aussi.
Grâce à la radio VHF, branchée en permanence,
il peut entrer en contact avec son confrère. La VHF
permet, non seulement au marin de communiquer avec les autres
marins, mais également avec sa famille à terre.
La VHF est un appareil professionnel faisant l'objet d'une
réglementation précise. Pour les conversations
courantes Serge utilise le canal 69. Le canal 16, quant à
lui, est réservé aux appels d'urgence. Aucun
marin ne l'encombre jamais, sauf cause grave : accident, SOS,
naufrage, feux rouges de détresses aperçus en
mer...
Serge mouille la bouée pavillon... Elle est reliée
par un orin d'une centaine de mètres au réa
destiné à maintenir le train de pêche
au fond de l'eau.
Mouillée plein sud entre l’île aux Moutons
et la terre, la filière se déroule à
la vitesse du bateau, environ 6 nœuds, soit 10 km heure.
Bien que solidement fixé, le filet n'est jamais complètement
tendu. Serge lui laisse toujours une certaine souplesse lui
permettant de s'adapter aux conditions de mer et de courants.
La dernière filière mouillée il est
l'heure du retour au port. Le temps le permettant, Serge procède
à un dernier nettoyage et au rangement de la pêche.
Le Labour ha kan placé sous pilote automatique, Serge
procède au tri par tailles et par espèces de
ses captures.
La pêche est relativement bonne puisqu'il a pris une
trentaine de kilos de soles, des crabes, du carrelet et autres
" divers ", comme l'on dit dans la profession.
Il est 11 heures du matin environ. Cap à l'ouest sur
Loctudy. L'attention en mer ne se relâche jamais et
Serge doit débrayer son pilote automatique pour contourner
un plaisancier qui, au mépris des règles de
circulation maritimes, faisait route de collision dans sa
direction.
Le bateau évité, Serge remet le pilote automatique.
Avec à la manche à eau, un tuyau branché
sur le moteur et qui pompe de l'eau de mer à gros débit,
il nettoie le pont des derniers débris et des diverses
concrétions calcaires ramenées par les filets.
Le port de Loctudy est en vue à 10 mn de route. Serge
croise le Santa Maria, le bateau d'un confrère, de
conception plus récente.
Un coup de fil à la maison permet à Serge d'annoncer
son retour au port vers 12 heures.
Loctudy est un port de pêche hauturière et côtière
dont la réputation s'est affirmée autour de
la langoustine, aussi appelée " Demoiselle de
Loctudy ", un fleuron de la gastronomie bretonne.
Serge accoste un emplacement strictement réservé
aux professionnels inscrits maritimes.
Aussitôt débarquée la pêche est
prise en charge sous la criée. Comme le veut l'usage,
elle est vendue aux enchères à la vente du soir.
Achetée par les mareyeurs, seuls habilités à
ce type de négociation, elle est vendue dans le réseau
traditionnel des grossistes, (au Marché d'Intérêt
National de Rungis par exemple), des poissonniers de détail,
mais aussi, depuis une quinzaine d'années, dans les
circuits de la distribution.
L'art de préparer une " sole meunière
" :
Le cuisinier :
Voilà une sole de 400 à 600 grammes, une belle
sole…
On va commencer par l’habiller, c’est à
dire l’ébarber, l’écailler, la vider.
Dans la recette de la sole meunière on garde la peau
blanche. Le noir on l’enlève, on cisaille le
bout de la queue …on décolle la peau ; il ne
faut pas abîmer la chère.
Après il faut vider la sole. Voilà, la sole
est habillée. Je la lave. Après il faut très
bien la sécher.
Pendant ce temps là je fais chauffer la poêle…
un peu d’huile de chaque côté…un
peu de farine pour que ça ne colle pas… du beurre,
on met à chauffer.
La difficulté est de bien fondre le beurre. Il faut
qu’il soit légèrement noisette, pas noir.
Il commence à devenir noisette.
J’ai bien fait colorer un côté, je la
retourne. …. 4 minutes…
Toujours prendre la sole par la tête, c’est là
qu’elle est la plus lourde.
Voilà, bien l’égoutter…pendant
ce temps là on fait le beurre noisette… on jette
la graisse.
Sole meunière…
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